Culture en lasagnes

lasagne1Voici l’article paru dans la revue  » 4 saisons du jardinage bio « ,
revue vendue dans les maisons de la presse , donc pouvant être feuilletée , avant l’achat.
Cet article donne le déroulement de l’installation d’un jardin économe et productif…


Je n’ai pas de potager , puisque je passe une grande partie de mon temps chez  » les autres  » à garder : leurs animaux , leur maison , et aussi à arroser leur jardin.

Mais je peux témoigner que les trois jardins  » en lasagnes  » que je côtoie , dont celui de ma fille qui , se trouvant dans les Landes , est installé sur du sable , débordent de vie , et de produits , évidemment en culture bio.

Bon courage , et longue vie à toutes ces petites bestioles qui travaillent nos sols pour nous.

Nanou

DES LASAGNES AUX PETITS OIGNONS

Après trois ans d’expérimentations avec la complicité de l’association EnRgéthic, Jean-Paul Collaert démontre qu’au jardin, les lasagnes, ça marche !

Que faire quand on est jardinier débutant, qu’on a peu de temps et pas de terre ? Des lasagnes ! Galéjade, pensez-vous ? Même pas. C’est une américaine, Patricia Lanza, qui a inventé ce drôle de jardinage dans le potager de son auberge. Lasse de désherber et de passer son temps au jardin, elle songea aux bienfaits du paillage du sol. Derrière l’auberge, s’amoncelaient déchets de cuisine, cartons, journaux… Elle amoncela tout en andains pour mitonner une sorte de compost où cultiver ses légumes qui seraient ensuite servis au restaurant. Depuis, les adeptes des « lasagna-beds » – ou lasagnes tout court – se multiplient. Une nouvelle façon de cultiver là où habituellement on ne peut pas, une manière décomplexée de composter sur place, de jardiner sans trop se fatiguer et d’éviter la corvée du désherbage !

Quelle salade !
Une lasagne, comme son nom l’indique, est une succession de couches disposées en andain qui vont se dégrader petit à petit et alimenter les plantes qui y sont repiquées. L’intérêt du système, c’est que le jardinier ne dépend plus de la qualité de sa terre pour réussir ses plantations : on construit un nouveau sol par-dessus sa terre. La lasagne est donc intéressante en ville. Avec quelques précautions pour l’irrigation, on peut même monter une lasagne sur une terrasse. Idem là où les terrains sont fortement dégradés, voire quasiment absents. Milieu particulièrement riche, la lasagne va permettre des plantations denses et une hyper production. L’idéal pour un minipotager !

Autre intérêt, c’est qu’on peut recycler joyeusement dans sa lasagne tout ce qui passe à portée de main : feuilles mortes, tontes, vieux foin, paille (bio), laine brute, vieux compost, déchets de cuisine, litière des animaux, terre, herbes arrachées, branchages verts coupés en petits bouts, résidus de bassins, compost urbain (Produit à partir des déchets collectés dans les déchetteries.)

En ville, la collecte demande un brin d’organisation. On peut récupérer facilement du compost urbain, des déchets de taille des chantiers municipaux, des feuilles mortes, les tontes des voisins. C’est fou ce qui se jette en zone urbaine et peut servir à faire pousser des plantes ! On peut aussi pousser la quête jusqu’en campagne et ramener un butin de paille pourrie, feuilles, fougères…

A la campagne ou en zone périurbaine, les terrains déjà plus vastes offrent des possibilités différentes. Il suffit d’ouvrir les yeux pour repérer quantités d’ingrédients à l’abandon. Les lasagnes peuvent être plus grandes et permettent de mettre en culture des bandes de terre sans avoir à bêcher et désherber. Vous pourrez y installer légumes, fleurs, aromatiques pour une « lasagne de curé » ou vous pouvez y rassembler les légumes d’été, très exigeants en matière organique et en eau, pour une « lasagne ratatouille ». Elles peuvent aussi servir à installer une haie quand le sol n’est pas bon ou difficile à désherber. Pour planter, le choix se portera vers de jeunes plants qui s’installeront rapidement.

A vos brouettes
Installer une lasagne, c’est un peu comme la construction en paille : on prépare le chantier et on invite les copains à passer le week-end ! Bref, transformez l’opération en chantier convivial. Vous aurez pris soin de glaner votre matière première pendant l’hiver et de la stocker à proximité. Organisez votre chantier entre février et avril. La tonte de printemps, en mars, apportera un complément de verdure.

Aucun travail du sol n’est nécessaire. S’il y a de la végétation, contentez-vous de tondre l’herbe à ras sur l’emplacement des lasagnes. Ensuite posez plusieurs couches de cartons d’emballage en faisant déborder sur les côtés et en croisant bien les extrémités afin d’éviter des repousses intempestives de mauvaises herbes. Comptez environ 1,20 à 1,30 mètre de large pour que l’entretien reste confortable. Mieux vaut monter deux lasagnes côte à côte qu’en faire une trop large. Complétez par plusieurs épaisseurs de journaux mouillés. Ensuite, montez le mille-feuilles en intercalant des matériaux secs et des plus humides, un peu comme dans le compost classique. En résumé : du brun et du vert ! Placez les matières les plus brutes (tailles broyées, branchages, laine…) en dessous et affinez un peu en montant le tas. Mouillez régulièrement, surtout si vous utilisez du compost urbain toujours difficile à humidifier à cœur. Le succès de la lasagne demande une importante humidité dans la masse au démarrage. C’est ce qui sera restitué aux plantes petit à petit et permettra de gagner en rythme d’arrosage par la suite. Patricia Lanza intercalait des couches de tourbe mais à l’heure de la disparition des tourbières, mieux vaut la remplacer par du compost plus ou moins décomposé, selon ce que l’on a sous la main. Jean-Paul Collaert n’hésite pas non plus à ajouter quelques couches de journal humidifié. Une fois terminé, le tas atteindra environ 30 cm. Pour finir, étalez au râteau 10 cm de compost en formant un petit rebord de chaque côté, histoire de retenir l’eau dont vous imprégnerez longuement la lasagne. Le lendemain, vérifiez que le tas est complètement mouillé et complétez éventuellement l’arrosage.

dessin-lasagne

Qu’est-ce qu’on plante ?
Le jour même, peut débuter le temps heureux des plantations. Que planter ? Tout ce qui est gourmand en matière organique. Une lasagne est un réservoir d’eau et de nourriture pour les plantes, de quoi tenir sans faiblir une saison entière : la croissance y est explosive et les légumes armés pour le concours agricole ! Plantez les légumes d’été – tomates, courgettes, concombres, melons, aubergines -, mais aussi maïs, choux, blettes et toute la tribu des salades. D’après Jean-Paul Collaert, une lasagne de 6 m² approvisionne une famille de cinq personnes en légumes d’été. Vous pouvez aussi mélanger fleurs annuelles, aromatiques, vivaces, fraisiers, en fonction de votre inspiration .

La plantation se fait en creusant un petit trou dans lequel on dispose un peu de terre mélangée à du terreau, au cas où la lasagne monterait trop en température, stimulée par de trop grands apports de matériaux verts lors de sa création. Plantez sans trop vous casser la tête, un peu de tout, en espaçant suffisamment. Mélangez grandes plantes et plus petites afin de profiter de l’effet ombrière en été. Une fois la plantation terminée, re-arrosage général, puis paillage généreux en façonnant de petites cuvettes autour des plantes pour que l’eau s’y rassemble lors des pluies. Les premières semaines, le suivi concerne surtout l’arrosage. Ensuite, la lasagne restituera doucement aux racines l’eau accumulée. Le développement important des plants sert de couvre-sol et limite l’évaporation. L’entretien consiste surtout à tuteurer et à veiller à ce que chacun profite d’un espace vital suffisant, en jouant un peu du sécateur sur les feuillages et les tiges secondaires. En été, en fonction des besoins, procédez par gros arrosage, la bruinette ne sert à rien. La hauteur de l’andain va se réduire peu à peu pour atteindre 10 cm à la fin de la saison. Entre-temps, les vers de terre auront digéré la couche de carton et les mauvaises herbes du dessous. Après les cueillettes, le sol est merveilleusement riche, propre et meuble. En deuxième année, à vous de voir ! Soit vous recommencez à empiler des matériaux pour continuer sur les traces de votre lasagne, soit vous mettez en culture de façon classique et vous lancez une deuxième lasagne, pour nettoyer le terrain à côté… Mais là, c’est de la pure gourmandise !

Brigitte Lapouge-Déjean, paysagiste en Dordogne

Un lombricomposteur de balcon

C’est à l’occasion d’un travail en commun avec Jean-Paul Collaert que l’idée d’expérimenter la technique de la lasagne est venue à l’association EnRgéthic, installée dans sa Maison de Compostage à Vélines (Dordogne), depuis 2008. Des jardins écologiques et une équipe de maîtres composteurs permettent de découvrir les techniques et astuces du compostage, lors d’ateliers et formations. Une ferme vermicole produit des vers (eisenia et denbrobena), pour diffuser la pratique du lombricompostage. Sur les thèmes « nos déchets sont nos ressources » ou « cultivons nos déchets », l’association défend la gestion de proximité de la matière organique par et pour les citoyens, reprenant avec ces mots les engagements du réseau Compost Citoyen.

Ludovic et Pascal Martin, Vélines (Dordogne)

tél. 05 53 73 29 50, www.enrgethic.com

POUR ALLER PLUS LOIN

L’art du jardin en lasagnes, de Jean-Paul Collaert, éditions Edisud, 2010, 18 €

Télécharger l’article

Voir l’article en ligne

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s